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Marie-Noël PASCHAL________EXTRAITS "LA VENGEANCE EST PLUS DOUCE QUE LE MIEL" dixit Homère

Prologue
Paris, 1960

Est-ce une fillette ? Est-ce un chat ? Est-ce une fillette déguisée en chat, ou un chat sur la tête duquel on aurait posé une capeline d’un autre âge ?

Les yeux, très jaunes, contemplent leur vis-à-vis avec une fixité féline. Mais la bouche s’entrouvre sur un demi-sourire qui relève légèrement les commissures des lèvres. Elle n’a rien d’un museau.

Le nez semble frémir.

Autour de la tête, l’espace se fond en brumes.

Voilà, c’est fini, autant que ça peut l’être, pense la jeune femme en reposant son pinceau. « Fini », bien sûr et forcément. Mais pas « achevé » : sinon ce ne serait plus moi. Achevé, d’ailleurs, quel vilain mot. On utilise le même pour dire qu’on tue, qu’on massacre, qu’on fige dans la mort – on « achève » bien l’ennemi…ou les chevaux. Ah non, pas question que j’achève ce portrait. Je suis décidément une adepte du « non finito », comme Michel Ange. Et cette petite, qui a dix ans aujourd’hui, aura toujours dix ans sur cette toile. Même dans trente ans, soixante ans, quand elle sera devenue une vieille dame, et que je serai morte, sûrement.

Avec un pinceau très fin, l’artiste a signé, en bas à droite du tableau.
Un grand L, comme un nez à la grecque, plus loin un F qui est une croix surmontée d’un arc de cercle. Entre les deux, un prénom.
Après la croix, trois lettres : i-n-i. Comme Fini. Leonor Fini.

 



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mnp